La question de l’allégeance (serment, pacte) dans le coran

La question de l’allégeance (serment, pacte) dans le coran

 » Ceux qui te font allégeance ne le font qu’à Dieu : c’est la main de Dieu qui se pose sur les leurs. Enfreindre (ce serment) c’est l’enfreindre à son propre détriment. Qui s’acquitte de ce dont il a offert pacte à Dieu, Il lui accordera un salaire insigne « . (Sourate Al Fath, 48, verset 10)

 » Et remplissez l’engagement, car on sera interrogé au sujet des engagements. » (Sourate Al Isra, 17, verset 34)

 » Soyez fidèles au pacte d’Allah après l’avoir contracté et ne violez pas vos serments après les avoir solennellement prêtés et avoir pris Allah comme garant [de votre bonne foi]. Vraiment Allah sait ce que vous faites ! «  (Sourate An Nahl, 16, verset 91)

 » Le jour où l’injuste se mordra les deux mains et dira :  » (Hélas pour moi !) Si seulement j’avais pris un chemin avec le messager ! « . Sourate Al Furqane, 25, Verset 27

Le Prophète (saw) avait l’habitude de donner l’initiation (bay’ah) à toutes les personnes et les invités à la prendre. Bukhari et Muslim ont relaté dans leurs livres que ‘Abdullah ibn ‘Oumar a dit, « quand nous avons donné notre engagement au Prophète d’écouter et d’obéir, le Prophète avait l’habitude de dire, ‘ dans la limite de ce que vous pouvez porter. ‘

L’initiation des femmes 

   Le Prophète (saw) a donné la baya’h aux femmes de nombreuses fois. Il est relaté par Imam Ahmad dans le Musnad que Salma bint Qays a dit, « je suis venu au Prophète avec beaucoup de gens des Ansars, et nous lui avons donné notre bay’ah, notre engagement que nous n’associerions rien à Allah, nous ne volerions pas, nous ne commettrions pas l’adultère, nous ne tuerions pas nos enfants, nous ne calomnierions pas et nous ne désobéirions pas. Nous lui avons donné notre bay`at et nous sommes partis. »

Ses propos sont valables pour tout serment que nous faisons, et devons de ce fait avoir la plus grande prudence avant de s’engager car le risque encouru est des plus graves. Le serment, le pacte, l’allégeance et un acte dont on ne peut revenir et dont nous devons respecter en tous points selon l’enseignement que le coran et la sunna nous en dévoile. Nous devons avoir conscience que le fait d’accomplir un pacte d’allégeance nous engage à respecter en sa totalité et en tout point ce pacte.

Le Prophète (saw), selon les livres de Nisa’i et de Tirmidhi a donné l’initiation à Oumayymah bint Rouqiyyah. Il a été relaté par Tabarani qu‟Izza bint Khayyil a pris l’initiation du Prophète quand il n’avait pas encore sept ans. Il a été également relaté par Tabarani dans un hadith authentique que le Prophète a donné la bay’ah à al-Hasan, al- Houssein, ‘Abdoullah ibn ‘Abbas et ‘Abdoullah ibn Ja’far quand ils avaient 7 ans.

Les compagnons du Prophète (saw) ont donné la bay’ah aux khalifes du Prophète après son départ. Il est relaté par les livres de Sirah des Sahhabas que les Sahabas ont donné la bay’ah à Abou Bakr as-Siddiq, à ‘Oumar ibn Khattab à ‘Outhmane Ibn ‘Affan, ‘Ali, à Mu’awiya, et à tous les khalifes qui sont venus plus tard, car ils l’avaient donné au Prophète (saw).

Le Prophète (saw) a dit dans un hadith rapporté par Abou Dawoud et Ahmad, « celui qui imite un groupe de personnes sera d’eux. » Ainsi les héritiers des maîtres des Ordres Soufis, ont hérité de l’initiation à chaque siècle. Comme c’était une obligation du temps du Prophète, du temps des Sahabas, du temps des Tabi’in et Tabi’ at-Tabi’in, et du temps des Oumayyades, des Abbasides, des Seljoukides, et des Ottomans, ainsi c’est également une obligation de donner notre bay’ah à un guide parfait, qui nous guidera à la voie d’Allah, Tout-Puissant et Exalté. Et qui est meilleur guide que les maîtres Soufi qui sont les héritiers du Prophète et les héritiers de la Présence divine ?

Ainsi nous voyons que c’est un facteur important dans chaque ordre Soufi de prendre l’initiation (bay’ah) avec le Cheikh, afin que nous puissions être sanctifiés et élevés jusqu’à la présence divine. Ces guides sont les raviveurs de chaque siècle, pour relier nos cœurs au cœur du Prophète (saw), qui à son tour relie nos cœurs à la Présence Divine. Ces guides sont la balise de la lumière du Prophète (saw) et la lumière de la Présence Divine et ils sont les véritables exemples à suivre pour toutes les nations.  » En effet, vous avez dans le messager de Dieu un excellent modèle (à suivre), pour quiconque espère en Dieu et au jour dernier et invoque Dieu fréquemment «  Sourate Al Ahzab, 33, Verset 21.

Nous comprenons donc que le Tassawuf consiste essentiellement au dévouement dans l’adoration, un dévouement total envers Allah, l’indifférence pour les parures et les ornement de ce monde, l’abstinence du plaisir, de la richesse et du prestige recherché par la plupart des hommes et se mettre en retrait par rapport aux autres de manière à adorer seul. Telle était la règle générale chez les Compagnons du Prophète et les premiers Musulmans, mais quand l’implication dans les choses de ce bas monde à commencer à se répandre, à partir du deuxième siècle Islamique, les gens ont alors été absorbés par les mondanités et ceux qui étaient assidus dans l’adoration ont été appelés Sufiyya ou « Gens du Tassawuf ».

Al-Muqaddima, 467. Dhû-n-Nûn (m.246H) a dit : « Parmi les caractéristiques de celui qui aime Dieu, le fait de suivre Son bien-aimé dans sa moralité, ses actes, ses ordres et sa Sunna. »

Abû Sulaymân Al-Dârâni (140-215H) a dit : « Il arrive que des traits d’esprit dits par des sages m’enchantent pendant des jours ; cependant je ne retiens d’eux que ce qui est conforme à la déclaration de deux témoins sûrs : le Coran et la Sunna. »

Al Haddâd a dit : « Celui qui ne mesure pas constamment ses actions et ses états d’âmes en fonction du Coran et de la Sunna et ne se remet jamais en cause alors ne le considérez pas dans le registre des grands hommes. »

Djunayd (m. 298H) a dit : « Le chemin qui mène à Dieu est barré excepter pour ceux qui daignent suivre les pas du prophète et le prennent pour modèle. Dieu a dit :  » En effet, vous avez dans le Messager d’Allah un excellent modèle à suivre.»

Il a dit aussi : « Celui qui n’apprend pas le Coran et ne transcrit pas les hadiths n’est nullement un modèle à suivre dans notre système ! Car notre doctrine est fondée sur le Coran et la Sunna »

Abû ‘Uthman AI-Hîrî (230-298H) a dit : « Celui qui se soumet entièrement à la Sunna dans ses propos et ses actes, lorsqu’il parle, il parle avec sagesse. Et celui qui suit sa passion, lorsqu’il parle, il soutient l’innovation. Dieu a dit :  » Si vous lui obéissez-vous serez guidés. » Et lorsque ce dernier était sur son lit de mort, son fils Abû Bakr se mit à déchirer ses vêtements ! Abû ‘Uthmân a alors ouvert les yeux et lui dit : « Cela est contraire à la Sunna dans son aspect apparent et est une marque d’hypocrisie dans son sens profond ! »

Abû Al-Fawâris Al-Karamânî a dit : « Celui qui baisse son regard à la vue des femmes et contient ses désirs, qui emplit son cœur de la conviction que Dieu l’observe continuellement et s’attache dans ses faits et gestes à la Sunna et qui s’exerce à ne manger que ce qui est licite, ses intuitions ne le trompent jamais. »

Al Tamastânî a dit : « La voie est distincte ! Le Coran et la Sunna sont parmi nous et le mérite des compagnons est manifeste. Celui donc qui prend pour guide le Coran et la Sunna, fuit ses désirs et la compagnie des hommes pour s’abandonner à l’adoration de Dieu est un homme véridique qui a atteint l’objectif. » Nasr Âbâdî a dit : « Les fondements du soufisme sont : l’attachement au Coran et à la Sunna, le refus des passions et des innovations, la vénération des maîtres, admettre les excuses des gens, persévérer dans l’évocation de Dieu et éviter de commettre des choses équivoques au nom de la tolérance et de l’interprétation. »

Abû Hafs a dit : « La meilleure façon de nous rapprocher du Seigneur est de ressentir continuellement notre pauvreté et notre besoin de Lui dans tous nos états et de nous attacher à la Sunna dans tous nos actes et de rechercher notre nourriture d’une façon licite.» Abû Nu’aym rapporte selon Sahl Ibn ‘Abdillâh : « Nos fondements sont six choses : « S’attacher au Livre de Dieu, prendre pour modèle la Sunna de Son prophète (saw), manger ce qui est licite, ne pas causer de tort aux gens, éviter les péchés et remettre aux gens leurs droits. »

Pourtant, les gens qui ignorent ce qu’est le véritable Tassawuf ont parfois des opinions très éloignées de sa vérité et de sa réalité physique et spirituelle. On suggère et prétend des faits et des idées véhiculés par des orientalistes et des pseudo universaliste religieux (new âge), integristes de tous bords,  extérieurs à toutes voies et voulant voir dans le soufisme des formations provenant d’autres sources de pensée et d’emprunts à d’autres courants, fantasmant de ce fait sur l’idée d’un courant de pensée universelle et de la provenance du tout en un. Ceci va sans dire que c’est une véritable aberration et ignorance totale du véritable soufisme qui est parti intégrante de l’Islam. Ils ont de fausses idées sur le Tassawuf, sur les écoles juridiques et sur l’Islam en son ensemble. Certains croient que le Tassawuf est une dépendance ou une mise à l’écart, l’associant à la musique, trances, etc…., mais aussi à des histoires, à des superstitions et à des innovations dans les affaires religieuses ou encore d’interpréter de la pire des façons toutes paroles ambiguës attribuée à un Sheikh d’une voie, pour faire le procès de l’ensemble des Soufis et ainsi passer le Tassawuf à l’échafaud. Loin donc de la réalité et pire encore d’une véritable quête mensongère et trompeuse aux services des détracteurs se délectant cette ignorance, justifiant ainsi leurs attaques virulentes. Il est évident que tout cela doit être rejeté et ne peut en aucune façon être attribué aux savants qui furent à travers les siècles, connus comme étant des gens du Tassawuf et étant eux-mêmes des maîtres dans les sciences islamiques du hadîth, de la jurisprudence et du tafsîr. Ainsi parmi les narrateurs des livres canoniques du hadîth, on y retrouve de nombreuses personnes du Tassawuf comme nous l’avons déjà vu.

De ce fait, la confusion règne lorsqu’il s’agit de parler du Tassawuf, ordinairement traduit par Soufisme dans la littérature occidentale. Les conflits de tendances établissent d’emblée un dialogue de sourds entre fervents détracteurs et fervents défenseurs, interdisant ainsi tout échange et dialogue d’entendement. Le Tassawuf n’est pas une théorie intellectuelle, bien au contraire, c’est un cheminement et une ascension de l’âme dans les degrés spirituels, en prenant pour modèle le Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, ses compagnons, leurs successeurs et les pieux de la communauté musulmane. Le Tassawuf est puisé dans le Noble Coran et la Sunna du Prophète bien-aimé, (saw). C’est la discipline islamique spécialisée dans la purification du cœur et le cheminement vers Dieu, avec dévotion, ascétisme et humilité. « Si ton dévoilement contredit le Livre et la Sunna, laisse le premier et agis en conformité avec les seconds ; dis-toi que Dieu te garantit l’infaillibilité de ces deux sources, et non celle de ton dévoilement ou de ton inspiration. » Ibn al-Sabbâgh, Durrat al- asrâr, Qéna (ég.), 1993, P. 117

En conclusion, on se rend bien compte qu’on est loin d’un soufisme éloigné de l’Islam, illuminé et hérétique comme certaines personnes ignorantes volontaires ou pas essaient de l’affirmer. Bien au contraire, la voie est partie intégrante de l’Islam respectant à la lettre le Coran, la Sunna et la Shari’a. Son plus est son engagement intérieur au-delà de la simple religiosité extérieur. Les Tarîqa ont toutes des règles sur le comportement social et spirituel,à respecter en accord avec le Coran, la Sunna et la Shari’a.

On ne peut nier que certaines Tarîqa ont dévié de l’enseignement de l’Islam, se mettant de ce fait en total désaccord et quelque fois pire, avec l’enseignement de l’Islam et du prophète (saw). Mais il est important de ne pas généraliser le cas de certaines personnes et de Tarîqa (minimes) ayant déviées avec un comportement discutable et quelques fois condamnable, de ceux qui suivent avec grande minutie le Coran, la Sunna et la Shari’a et qui ne peuvent être mis en doute. Juger de quelque chose que l’on ignore où tromper volontairement avec des paroles détournées de leurs sens des croyants ayant peu ou pas de connaissance du Tassawuf est contraire à toute éthique de l’Islam et est même condamné car on ne doit porter atteinte à aucun musulman. Nous ne sommes pas là pour faire du prosélytisme de l’un ou de l’autre, mais pour informer de tous les sujets en rapport avec notre noble religion. De ce fait, nous respectons totalement la pensée de chacun et laissons libre à qui que ce soit d’approuver ou de rejeter ce qu’il désire car cela le concerne (c’est entre lui et Allah), mais nous refusons tout sectarisme et jugement hâtif sous prétexte que cela n’appartient pas à notre pensée individuelle et idéologique, ou, ne correspond pas à l’appartenance de tel ou tel groupe de pensée auquel nous pouvons adhérer. Malgré tout, l’importance de bien connaître la voie dans laquelle on désire s’engager se doit conforme au coran et à la sunna.De même, la prudence est requise avant d’accepter et de prendre le pacte dans la voie. Il est à déplorer que certaines voies prestigieuses dans le passé aient aujourd’hui un comportement pas toujours conforme à l’origine de la voie à laquelle ils appartiennent. Ce qui a provoqué quelquefois le rejet de certains de la voie soufie. Cela peut se comprendre et disons-le clairement légitime mais il ne faut pas généraliser l’erreur de certaines voies ayant déviés de leurs sources ce qui comme nous l’avons dit plus haut serait contraire à l’éthique musulmane.

La voie Shadhiliyya Cheikhiyya n’est soumise à aucune critique du fait de ce respect total et de sa pratique conforme à l’Islam. C’est pour cela que la voie Cheikhiyya n’accorde le pacte qu’après la certitude du frère ou de la sœur de la connaissance de l’engagement qu’elle devra respecter coûte que coûte à commencer par les lois enseignées par l’Islam ainsi que sa pratique sans rien n’y ôter. Il ne peut en être autrement car le Tassawuf ne peut être en désaccord avec l’enseignement de l’Islam car c’est son pilier. Dans le cas contraire, ce n’est plus une voie intégrante de l’Islam mais une secte contraire qui doit être rejeté et condamné selon la loi de l’Islam. Cela peut déplaire à certains, mais en ce cas la question peut se poser. Pourquoi cela déplait-il ? Si la Tariqa que nous appartenons est conforme au coran, a la sunna et la Shari’a elle n’en sera pas choqué bien au contraire. Réfléchissons donc avant de crier haut et fort au scandale et le désir de s’engager de la voie doit s’accompagner d’une étude sérieuse de sa conformité avec l’Islam, car malgré la confusion qui règne sur le sujet en notre époque cela ne doit pas nous faire oublier que certaines voies du Tassawuf sont encore aujourd’hui en conformité totale de leurs origines n’ayant pas dévié d’un iota. La voie Shadiliyya Cheikhiyya ne fait aucune complaisance envers tout ce qui est contraire à l’Islam. Car sa tolérance, son respect envers tous ne signifie pas approuver ni avoir de la complaisance envers ce qui est contraire à l’enseignement de l’Islam bien au contraire. La voie Cheikhiyya ne fait aucun prosélytisme, mais informe quiconque désire en savoir plus dans le respect de chacun.

Source: Tiré de différentes sources.

Tiré du livret de la zaouia shadhiliyya cheikhiyya de Franche comte.

1er édition 2022.

Auteur: Mubib

©. TSC. 2022. Tout droit de reproduction et d’approbation devra être soumis à la Zaouïa Mère de la Tariqa Shadiliyya Cheikhiyya (Maroc).