
Le comportement du Fuqara envers le Sheikh
La Tarîqa Shâdiliyya Cheikhiyya comme toutes les voies du Tassawuf coforme, comportent des règles de conduites, de convenance que l’on nomme le plus souvent ‘convenances du disciple’. Elles sont considérées importantes pour la croissance spirituelle. En effet Allah lui-même enseigna aux compagnons comment se comporter vis-à-vis de leurs maître spirituel, le prophète (saw).
« Ô vous qui croyez ! N’anticipez pas sur Dieu et sur mon Messager ! Craignez Dieu ! Dieu est celui qui entend et qui sait ! Ô vous les croyants ! N’élevez pas la voix au-dessus de celle du Messager. Ne lui adressez pas la parole à voix haute, comme vous le faîte entre vous, de crainte que vos œuvres ne soient vaines, sans que vous vous en doutiez. Quant à ceux qui baissent la voix en présence du Messager de dieu, voilà ceux dont Dieu scrute les cœurs pour y mettre Sa crainte révérencielle. Ils obtiendront le pardon et une récompense immense. » (Coran49 :1-3).
Les convenances traditionnelles sont destinées à façonner les attitudes et le comportement pour les orienter vers Allah. Les convenances et comportements font parties intégrantes de la vie journalière du Musulman. En effet, l’islam nous enseigne les convenances sur plusieurs aspects que l’on peut décrire ainsi :
1) les bonnes manières du voyage spirituel.
2) Les convenances vis à vis du Prophète (saw).
3) Les convenances vis à vis des Compagnons.
4) Les convenances vis à vis du Sheikh ou maître spirituel. Ainsi que les autres Maîtres et homme de Dieu.
5) Les convenances vis à vis de tous les Musulmans (hommes et femmes).
6) Les convenances vis à vis des Frères sur le chemin
7) Les convenances vis à vis de la création toute entière.
On se rend compte ainsi que règles et convenances en toutes choses sont enseignées en l’islam, lesquels ont pour but de nous apprendre, courtoisie, respect de toutes choses, dans un but de la maîtrise du comportement nécessaire à celui qui veut être accepté par Dieu. De ce fait, on prend conscience que tous ses aspects de comportements doivent être développés simultanément et que chaque niveau doit être maitrisé pour atteindre les autres niveaux. On peut dire donc que les règles de comportement stipulé dans le Tassawuf et totalement fondé sur le Coran et la Sunna, mais aussi sur son expérience personnel.
Le comportement fait partie d’une des bases de l’éducation spirituelle, car si l’éducation spirituelle de base fait défaut, le disciple ne peut prétendre réaliser les ultimes stations. L’aspirant ne pourra jamais atteindre le but sans commencer par le commencement. L’éducation spirituelle du Sheikh est la base après celui en premier de sa soumission, connaissance et mise en pratique au Saint Coran, Sunna, Chari’a. Il est mentionné dans le hadith rapporté par Hazrat Anas (R) que l’Envoyé d’Allah (saw) a dit : « Ô fils ! Si tu es capable de te comporter d’une telle manière que le cœur de personne ne conserve de la rancœur à cause de tes agissements, alors adopte cette attitude car c’est ma manière d’agir (Sunna). Or, celui qui aime ma Sunna (Méthode), c’est parce qu’il m’aime et celui qui m’aime sera mon compagnon dans le paradis »
Le véritable Tassawuf se soumet dans l’obéissance aux règles de l’islam sans omissions, non pas comme certains le font croire par ignorance volontaire au rejet des enseignements de l’islam. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu déviation au fil du temps de certaines voies. Cela est un fait justifier reconnaissons-le avec sincérité, mais généraliser les erreurs et déviances de quelques-uns, pour des raisons diverses est inconcevable et diffamatoire envers les musulmans et les gens de la voie qui suivent le chemin sans dévier en aucune manière. Ce qui est absolument réprouvé par le Coran et la Sunna.
D’après Abou Hourayra (radiyallahou anhou) le Messager d’Allah (saw) a dit :
» Ceux qui, d’entre vous, me sont le plus aimables, sont les meilleurs de caractère, ceux qui s’abaissent aux autres par modestie, et ceux qui sont sociables. Ceux qui me sont le plus haïssables sont les calomniateurs qui cherchent à séparer les amis et à imputer faussement et sciemment au gens des choses qui leur portent atteinte »
(Rapporté par At Tabarani et Al-Bazzar (2544)
Cette éducation comportementale est incontournable. Elle n’est pas la seule étant donné qu’elle ne s’arrête pas exclusivement à l’éducation du comportement, mais cela est un autre sujet, car ce qui nous intéresse ici se cantonne aux convenances et comportements du disciple. Elle vise à corriger la façon d’agir, d’être et de parler du disciple selon les critères éprouvés face au maître de la voie. Mais en cela, on se rend compte que tous n’ont pas les mêmes capacités et que d’une façon ou d’une autre tout disciple doit passer par la correction de sa façon d’être. Autrement, on en reste à des théories intellectuelles et pire à un refus de par notre égo démesuré, amenant le disciple à l’abandon de son obéissance et a sa propre perte. Le soufisme est clair sur le sujet. ‘Parler sans en avoir l’état correspondant est interdit’. Ibn ‘Ata’ Allah dit : « Ce qu’on recèle en son for intérieur se manifeste dans les apparences extérieurs ». Comment arriver à Dieu sans suivre le chemin qui y mène? Insensé.
Tout cela, montre que le disciple sincère doit s’enraciner solidement pour en recevoir les fruits, car un arbre desséché ne portera jamais de fruit et finira par mourir. Un autre grand Maître de la Tarîqa Alawi Cheikh Al Alawi disait : « Celui qui limite la connaissance à de simples paroles sans essayer de réaliser ce à quoi elles se réfèrent n’est qu’un hérétique séparé de Dieu ». Cela veut dire que nous devons acquérir les nobles qualités générales sans cela ce ne sont que de vaines paroles mortes. La réalité spirituelle va de soi avec la Loi et son
application. Mettre en pratique les règles de la voie et réalisé les états spirituels est primordiale pour ne pas se retrouver sur une route barrée. C’est pour cela, que nous retrouvons souvent des avertissements contre celui qui cherche à imiter le Sheikh et le Saint extérieurement le disciple ou le Sheikh de la voie sans en avoir atteint les qualités et états, qui mèneraient sans aucun doute à la perdition celui qui agirait ainsi.
Nous vous proposons ci-après, quelques convenances à respecter et surtout à mettre en pratique, au sujet du comportement envers le Sheikh que le disciple doit réaliser et qui sont une généralité que nous ne retrouvons pas uniquement dans la Tariqa Shadiliyya Cheikhiyya, mais toutes les voies du Tassawuf. La simplification de ses règles est volontaire, car elle a voulu donner les points spécifiques les plus usités à toutes les voies. Une humble introduction afin de pousser le disciple à aller plus en avant sur le sujet et surtout à les mettre en pratique. Chaque voie a aussi des règles caractéristiques à sa branche et que nous développerons en un autre sujet. De ce fait, nous pouvons dire que la voie Shadiliyya Cheikhiyya est concerné par ses comportements et que chaque fuqaras se doit d’accomplir du mieux que possible inchallah.
Quelques convenances
– Le disciple ne doit pas tenir compte de caractéristiques extérieures du Sheikh, de sa race, de sa noblesse, de sa profession…etc. Il ne doit pas le déconsidérer, le mésestimer. Au contraire nous devons aux bienfaits et aux influx spirituels bénéfiques qu’Allah a accordé au Sheikh et l’accepter comme un intermédiaire et un moyen d’obtenir la connaissance profonde d’Allah. Avec sincérité et en toute confiance il doit rechercher sa compagnie pour profiter de son influx spirituel.
– Le disciple doit considérer son Sheikh comme celui qui lui apporte le plus de profit spirituelle. Il ne doit pas suivre et s’attacher à plusieurs guides car son attention serait portée ailleurs et privé ainsi des influx spirituels bénéfique et des bénédictions en découlant. Un poème nous dit : « Ô Farid ! Sois ferme dans la confiance avec ton maitre afin que tu puisses obtenir les clefs de la connaissance profonde d’Allah. »
– Le disciple doit en toutes circonstances suivre et obéir à son Sheikh. La porte ne s’ouvrira pas, sans une confiance totale et une véritable affection pour le Sheikh. Cela implique obéissance et dévouement.
– On se mettra à son entière disposition (le Sheikh) pour servir la voie d’Allah dans la plus grande déférence et soumission envers son autorité. Sa connaissance est un trésor inestimable qui mérite notre entière dévotion.
« Ô croyants ! Obéissez à Allah, et obéissez au Messager et à ceux qui détiennent le commandement » Coran 4, v.59.
– Selon ses capacités physiques, intellectuelles, financières, le disciple doit se mettre au servir du Sheikh. Mais en aucune manière il ne doit le lui rappeler comme une faveur de sa part mais au contraire considérer comme une chance, une grâce, une bénédiction que son maitre ait accepté un service de lui.
– Ne pense surtout pas que tu fais une faveur a ton maitre et n’ai aucune convoitise ni exigence envers ton Sheikh.
– Tous service rendu doit l’être avec sincérité et dans le but de contenter Allah afin d’obtenir une foi parfaite et non pas une quelconque récompense matérielle ou spirituelle. Allah seul sait toutes choses.
– Applique sur le champ sans attendre une seule minute tous les conseils et recommandations verbaux et écris du Sheikh. Mais tu ne dois pas sans aucune permission explicite de sa part imiter ses états. Les raisons en sont que le maitre agit selon son propre grade et ses capacités spirituelles qui en raison de leurs supériorité à ceux du disciple et néfaste a ce dernier.
– Tu dois suivre à la lettre les conseils du maitre afin d’obtenir son attachement profond et sa concordance de vues et d’idées.
– Considérer le fait d’être en présence du Sheikh, comme une faveur inestimable car si tu désires gagner le trésor intérieur de la relation intime avec Allah, sache donc que tu ne pourras l’obtenir que dans la compagnie des hommes complets et accomplis. Tu ne le trouveras ni par ta langue ni par tes mains.
– La tariqa n’a cessé d’éduquer les disciples, de transmettre la science religieuse et de dispenser l’enseignement spirituel pur. Être en contact avec son Cheikh est le gage du vrai rattachement. Dans la mesure du possible, le disciple doit s’y rendre pour renouveler son rattachement, recevoir ses instructions, bénéficier de sa présence, chaque fois qu’il le peut et avec effort.
– Par respect, obéissance et humilité, il est impératif de demander l’autorisation au Sheikh de sa venue à la Zaouïa ou il demeure, même si le Sheikh ne refuse personne de sa venue. Vous devez avant tout désir de rejoindre la Zaouïa du Sheikh, le signaler à votre Moqadem qui retransmettra au Sheikh selon les méthodes nécessaires. Selon les cas, vous pouvez lui écrire directement s’il vous en donne l’autorisation. Le disciple ne doit pas s’adresser au Sheikh sans son autorisation pour les mêmes raisons de respect, obéissance et humilité.
– En compagnie du Sheikh le disciple doit s’assoir avec respect et une grande humilité et garder le silence. Il doit écouter avec attention ses paroles.
– Il ne doit ni regarder à gauche, ni à droite ou encore parler à quelqu’un d’autre en sa présence. Sans sa permission, il ne doit pas prendre la parole.
– On doit toujours parler au Sheikh avec douceur et la voix basse laissant la voix du Sheikh dominer la nôtre.
– Que le disciple ne prononce pas de paroles qui puissent déplaire ou contrarier le Sheikh.
– Qu’il n’adopte aucune attitude orgueilleuse et prétentieuse en sa présence et dans l’assemblée. Au contraire on doit se montrer rempli de faiblesse, de modestie, de passion, d’attention, nous considérant poussière, afin que de cette poussière naisse l’alchimie de la pureté.
– Ne pas s’asseoir à l’endroit où le Sheikh a l’habitude de s’asseoir ou se reposer, et ne pas poser ses pieds ou quoi que ce soit d’autres sur son tapis de prière.
– Sans permission ou dispense du Sheikh lui-même, le disciple ne doit ni manger, boire, ni faire Wuzhou devant son maitre et encore moins utiliser ses récipients. Il doit garder les mêmes attitudes de respect en sa présence qu’en son absence afin d’acquérir la sincérité.
– Le disciple ne doit pas étendre son pied vers l’endroit où est assis son maitre.
– Il ne doit pas poser son pied sur l’ombre de son maitre.
– Il ne doit pas marcher devant le Sheikh, bien au contraire qu’il n’éprouve aucune honte à marcher derrière et considère cela comme une fortune et une immense bénédiction de sa présence.
– Lorsque le Sheikh se lève on doit se lever aussi, mais lorsque le Sheikh s’assoit l’étudiant doit s’assoir après son maître et non avant.
– On doit garder le même comportement en sa présence qu’en son absence. Il ne doit exister aucun écart entre le cœur et les paroles.
– Le disciple doit considérer tous les dires et les actes de son Sheikh comme vrais et conformes. On ne doit soulever aucune objection et laisser les doutes et les mauvaises pensées envahir le cœur, même si en apparence ses paroles semblent mal fondées ? Le Sheikh est au-dessus de nous est sait mieux que quiconque ce qu’il dit et fais et cela et de son état et de son grade qui est au-dessus de nous.
Rumi (r.a.) a dit : « si tu es prisonnier des mauvais caractères, alors sache que tu es toi-même un enfer et que tu es un châtiment éternel. »
– Que le disciple expose ses états physique, mentales, spirituels bonnes et mauvaises au Sheikh sans rien caché ni mentir. Les raisons en sont évidentes car le Sheikh est un médecin de l’âme et pourra ainsi faire sa correction après l’avoir entendu. Le Sheikh pourra ainsi, même s’il n’a point besoin de cela pour savoir, vous guider sur le chemin selon votre état. On ne doit pas rester silencieux en se basant uniquement sur le dévoilement invisible de son maitre. Car cet état n’est atteint que rarement et est une station ou nous sommes loin encore d’y avoir abouti. Mais même en ce cas, nous devons l’exposer.
– On doit se garder de toute démesure dans le rire et le parler.
– Ne pas demander au Sheikh de lui-même des wasifas ou des exercices spirituels particuliers. Le Sheikh vous en informera de lui-même si cela s’avère nécessaire. Sauf s’il te le demande expressément. Car lui (le Sheikh) sait ce que tu ne sais mieux que toi.
– Au cours du Dhikr, les états intérieurs et les effets spirituels qui lui apparaissent, ne doivent être dévoilé à personne d’autres en dehors de son Sheikh ou de celui qui en possède l’autorisation donné par le Sheikh uniquement. Cela peut être le Moqadem, un wali ou autres selon les ordres du Sheikh, et même sur ce point-là, s’en référer au Sheikh qui confirmera. Car qui que nous soyons, personne n’est au-dessus du Sheikh de la voie. Même le plus grand wali (saint), le plus savant, s’en remet toujours à son Sheikh.
– Le disciple ne doit pratiquer que les wasifas et wird enseignés par le maitre de la voie dont il a pris le pacte. Il doit abandonner le reste, qu’il l’ait commencé de lui-même ou appris de quelqu’un d’autre sauf sur autorisation du Sheikh ou du représentant que le Sheikh seul désignera. Les actes fondés sur les hadiths ne sont pas concernés par cette restriction et peuvent et doivent être accomplis selon l’enseignement du Saint Prophète (saw).
– La récitation du wird fait partie intégrante des devoirs quotidiens des disciples. L’on doit accomplir chaque jour, ces invocations matin et soir selon les prescriptions du Sheikh et du Moqadem dont nous dépendons, dans une présence totale avec Allah, l’Invoqué, qu’Il soit exalté. « Et invoque ton Seigneur en toi-même, en humilité et crainte, à mi-voix, le matin et le soir, et ne sois pas du nombre des insouciants » Coran 7, v. 205. « Ô vous qui croyez ! Evoquez Allah fréquemment, et glorifiez-Le à la pointe et au déclin du jour » Coran 33, v.41-42.
– Les réunions et les séances d’invocation sont des moments privilégiés de proximité d’Allah. Pendant les réunions de dhikr, l’on doit éviter toute forme d’irrespect verbal ou comportemental (bavardages, futilités, rires, etc.). Le moment de la réunion est sacré ; il doit être entièrement consacré aux invocations et à l’enseignement.
Nulle autre discussion ou activité ne doivent avoir lieu pendant ces séances prévues pour le dhikr. « Invoquez votre Seigneur en toute humilité et recueillement et avec discrétion… », Coran 7, v. 55.
– Si le disciple obtient un degré spirituel, une responsabilité ou un honneur particulier, qu’il l’accepte pour le plaisir d’Allah et qu’aucun intérêt mondain ne pénètre son cœur, ni fierté. Qu’il ne se réjouisse pas en écoutant les éloges des gens à son égard et ne pas s’attrister en entendant leurs médisances.
– Il est très dommageable pour le disciple de demander des dévoilements et d’aspirer aux miracles (karâmat) ainsi qu’aux événements extraordinaires. Ces phénomènes n’apparaissent pas aussi longtemps qu’on les désire et sont même un frein, car correspondent à une station, mais ne sont pas le but.
En effet, ils ne se manifestent qu’à celui qui les déteste et qui donc ne les désire pas pour lui-même. Ils peuvent se produire chez certaines illusionnés, qu’ils induisent de plus en plus en erreur pour qu’ils deviennent une épreuve pour les croyants à la foi faible. Il s’agit en fait d’humiliations, et non d’honneur. Les karâmat ne se produisent que chez les gens de la droiture. « Si Dieu, ô toi le disciple, t’accorde une telle grâce, remercie-le et sois des plus humbles, te considérant indigne de tant de bienfaits. C’est-à-dire, que ton ego, ne te fasse pas croire que tu as atteint un quelconque mérite ou degré par ta distinction. Mais ne t’attarde pas avec ce qui t’arrive comme événement miraculeux, ne te satisfais pas de ce genre de phénomènes, mais cache-les et n’en parle à personne. Si rien ne se produit, ne soit pas désireux ni triste de ne pas en voir. Sache que la karâma qui rassemble toutes les espèces de karâmat réels et sensibles, c’est la droiture. Il s’agit, comme cela a déjà été précisé, d’obéir intérieurement et extérieurement aux commandements divins, et de s’abstenir des interdits. C’est cette droiture que tu dois réaliser avec maîtrise. Le résultat en sera que les mondes céleste et terrestre seront à ton service d’une façon qui ne te voile pas de ton Seigneur et qui ne te détourne pas de ce qu’Il veut de toi ». (Imam al-Haddad)
Ibn’Ata-illah Al-Iskandari a dit : « Ne te réjouit pas d’une bonne œuvre pour la raison qu’elle émane de toi ; mais réjouis-toi de ta bonne action pour la raison qu’elle résulte de la faveur que Dieu t’a accordée. » Dis : « De la faveur de Dieu, de Sa grâce, que de tout cela se réjouissent (les hommes): cela vaut mieux que ce qu’ils amassent » (Coran X, 59).
– Le disciple ne doit pas se tourner vers d’autres maitres sans le consentement du Sheikh. Que ce soit participer à des réunions ou écouter leurs enseignements sans son autorisation. Cela n’a rien de sectarisme, mais dans un but de protéger l’équilibre du disciple et d’éviter que son attention soit portée ailleurs menant de ce fait a la perte des influx spirituel de son Sheikh. Cela serait abandonner son serment d’allégeance et donc le reniement de son pacte et nous savons les effets néfastes que cela pourrait entrainer.
– Le Moqadem n’est choisi que par le Sheikh. Il est le porteur des enseignements du Sheikh dans la ville ou le pays où se réunissent les disciples. Il est en étroite relation avec le Sheikh. Son rôle (Moqadem) est de véhiculer ses enseignements, transmettre son message et de veiller au bon fonctionnement de la voie dans sa région. Il ne fait rien de lui-même et plus que quiconque se doit d’être à l’écoute, obéissance aux ordres du Sheikh. Les disciples doivent respecter le Moqadem, suivre ses conseils, l’écouter.
– Le comportement du disciple doit être le même envers son Moqadem par respect, discipline, humilité. Mais attention, le Moqadem n’est pas le Sheikh, il ne faut pas le mettre sur le même plan, ni lui porter ferveur démesurée. Le rôle du Moqadem est de représenter le Sheikh en toute humilité, de servir et d’accomplir ses ordres dans ses responsabilités, et non d’être sur le même plan que le Sheikh. Personne ne peut être mesuré au Sheikh dans la voie. Allah l’a choisi selon sa volonté a cette succession et non selon une décision d’homme. Allah sait mieux et toute choses.
-On doit considérer tous les frères plus nobles, plus pieux et plus savants que soi-même. A leurs égards, on observera une profonde et sincère modestie. « Aucun d’entre vous ne croira vraiment, moins qu’il n’aime pour son frère ce qu’il aime pour lui-même » al-Bukhari, (2. 6. 1)
– Les réunions hebdomadaires sont le fondement du cheminement vers Allah. On doit y assister régulièrement possible et ne s’en absenter qu’en cas de force majeur. Dans le sincère effort de rencontrer ses frères, le disciple avance dans la connaissance sûre d’Allah.
– La voie est fondée sur la compagnie (musāhaba, suhba), par laquelle s’éduquent les âmes et se purifient les cœurs. « Fais preuve de patience (en restant) avec ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir par désir de Sa Face. Et que tes yeux ne se détourent pas d’eux », Coran 18, v. 28.
D’après Abou Houraïra -Que Dieu l’agrée – le Messager d’Allah (saw) a dit : « A chaque fois qu’un groupe de gens se réunit pour évoquer Allah, les Anges les entourent, la miséricorde les enveloppe, la sérénité descend sur eux et Allah les mentionne à ceux qui sont auprès de Lui ». Rapporté par Moslem.
– Les débats stériles et les controverses représentent un voile épais dans la connaissance. Ils offrent un trajet propice à la vanité et à l’orgueil. De même, ces polémiques pourraient mettre en doute les principes immuables de la religion. Bien que l’on ait le plein droit de s’informer, les questions se posent dans une sincère volonté de comprendre, non de polémiquer. Même si l’on connaît la réponse d’une question posée, le disciple ne doit aucunement faire montre de son savoir. Toujours, préférer le silence aux débats stériles et aux polémiques futiles. « Ne vantez pas vous-mêmes votre pureté ; c’est Lui qui connaît mieux ceux qui Le craignent » Coran (53, v. 32).
– Le but de tout effort en matière de correction et de purifications intérieures n’a d’autres buts que le contentement d’Allah en conformité à la Sharia et la Sunna.
– Nous devons acquérir la connaissance du Qur’an, Sunna et Sharia concernant les actions intérieures et extérieures. Etudier la jurisprudence islamique approuvée. Apprendre auprès des érudits et avoir toutes ses actions extérieurs et intérieurs conforme au mode de vie du Saint Prophète (saw), car comme dit un poème : « celui qui adopte une voie différente de celle du messager d’Allah (saw) n’atteindra jamais le but suprême. »
– Ibn’Ata-illah Al-Iskandari Ch.III:35 a dit : « Arrache toi aux imperfections de ta nature humaine (bashariyyah), et débarrasse toi des défauts qui s’opposent a ta qualité de serviteur parfait afin que tu puisses répondre à l’appel de Dieu-Réalité et être proche de sa Présence. »
– Ibn’Ata-illah Al-Iskandari Ch.VIII:77 a dit : « Ce que tu peux lui demander de mieux, c’est ce qu’il demande de toi.»
– L’effacement total de l’ego (vanité, orgueil, futilité etc…) est parmi les buts essentiels de la voie. Ainsi, les disciples doivent porter cette humilité et se considérer comme d’éternels débutants. Dans le comportement, l’humilité se manifeste par la discrétion, la pudeur et l’effacement. « Les serviteurs du Tout Miséricordieux sont ceux qui marchent humblement sur terre, qui, lorsque les ignorants s’adressent à eux disent: Paix » Coran 25, v.63
– La religion est la soumission du serviteur à son Seigneur dans son « extérieur » et c’est al-Islam (la Remise confiante) ; dans son « intérieur », et c’est al-Iman (la Foi) ; dans son « secret », et c’est al-Ihsān (l’Excellence).
Ibn’Ata-illah Al-Iskandari Ch. XI :114 a dit : « Ne méprise pas le wird que l’homme à l’ignorance crasse. L’influx divin existera dans notre vie future, tandis que le wird cessera avec notre vie en ce bas monde. Ce qui demande le plus notre attention, c’est ce qui ne peut être remplacé. Le wird c’est lui qui le demande de toi, et l’influx divin, c’est toi qui le demandes. Quelle différence entre ce qu’il demande de toi et ce que tu lui demandes ! »
– Cheikh Ahmad Al Alawi de la Tariqa Alawi a dit : « Sans avoir suivi l’éducation spirituelle de base, comment peut-on aspirer à réaliser les stations spirituelles ultimes? » Le soufisme consiste à totalement se purifier. Il est conforme à la volonté de Dieu, au Coran et à la religion. Le soufisme consiste à s’humilier devant Dieu ; en s’affligeant de ses fautes sa vie durant.
– Ibn Arabi a dit : « Celui dont la langue se tait, même si son cœur ne se tait pas, allège son fardeau ; celui dont la langue et le cœur se taisent tous les deux, purifie son » centre secret » (sirr) et son Seigneur s’y révèle ; celui dont le cœur se tait, mais dont la bouche parle, prononce les paroles de la Sagesse ; mais celui dont ni la langue ni le cœur ne se taisent est objet de Satan et soumis à sa domination. »
– Ibn’Ata-illah Al-Iskandari a dit : « N’abandonne pas l’invocation (dhikr) pour la raison que pendant que ta langue mentionne Dieu ton cœur n’est pas présent. En effet, plus grave serait l’absence complète de la mention de Dieu que sa mention sans participation du cœur. Peut-être Dieu t’élèvera-t-il de cette mention distraite à la mention avec concentration ; puis à la mention avec présence du cœur ; enfin à la mention avec absence de tout ce qui n’est pas le Mentionné. « Et cela n’est guère difficile pour Dieu ». (Coran XIV, 20) »
– Abd el-Qader al-Jilani a dit : « Sois en permanence dans l’effacement et ne t’affirme en rien sauf dans les commandements et les interdictions car c’est Lui Qui t’a confirmé à ce niveau. »
– An-Nawawi a dit : « Les caractéristiques de la Voie Soufi sont […] de garder la Présence de Dieu dans le cœur en public ou en privé, de suivre la Sunna du Prophète […] d’être heureux de ce que Dieu nous donne. » (Maqasid at-Tawhid).
– La voie est fondée sur l’amour d’Allah, de son Messager, du Sheikh, de tous les Frères et soeurs et de tous. Le chemin le plus sûr pour aboutir à la Présence divine est d’aimer sincèrement, de se dévouer totalement, de se dénuder de son ego en sa totalité. Par l’amour, on atteint ce qu’atteignent les adorateurs par l’adoration et les savants par la science.
« Dis : « Si vous aimez vraiment Dieu, suivez-moi, Dieu vous aimera alors et vous pardonnera vos péchés. Dieu est Pardonneur et Miséricordieux ». » Sourate 3, v. 31
Les ascètes s’efforcent de réaliser une relation sensible avec Dieu, par amour de Lui. Le Soufi, fervent de l’amour de Dieu, est en désaccord avec le monde et ses séductions mais aussi avec lui-même (an-nafs). Il s’éduque donc dans une autodiscipline rigoureuse car son être physique est le siège de désirs inopportuns ou vils qui l’éloignent de l’Islam et de la volonté de Dieu. L’extinction finale (al fana) est la cessation existentielle dans l’absorption en Dieu.
– Que Allah et pitié de moi et me pardonne, si la moindre erreur devait se trouver dans ses paroles et ce texte, car la faute n’en reviendrait qu’à moi-même.
Source: Tiré de différentes sources. Tiré du livret de la zaouia shadhiliyya cheikhiyya de Franche comte. 1er édition 2022 Auteur: Mubib
©. TSC. 2022. Tout droit de reproduction et d’approbation devra être soumis à la Zaouïa Mère de la Tariqa Shadiliyya Cheikhiyya (Maroc).
